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Bordeaux 2026
09-09-2026, 11:03 AM (Dit bericht is het laatst bewerkt op 09-09-2026 om 11:05 AM door wvd.)
Bericht: #1
Bordeaux 2026
Er wordt nog maar net geoogst en je moet nog 2 jaar wachten om er iets van te kunnen proeven, maar dit wil ik jullie alvast niet onthouden:

Bordeaux 2026 : plus hétérogène, tu meurs (approche numéro 2)

Chronique 393 (2 septembre 2026)

Résumé
En raison de circonstances climatiques extrêmement chaudes, l'évolution dans les vignes des futurs bordeaux rouges 2026 présente une hétérogénéité inconnue à ce jour. Ces faits hors normes me gênent pour anticiper ce que pourrait être la tenue des vins à venir. Les canicules successives en mai, juin, juillet et août ont affaibli les jeunes vignes et ralenti partout la véraison comme rarement. Cette hétérogénéité dans la maturité persistera jusqu'aux vendanges, ce qui pose la question de quand les entamer. Les crus vont procéder parcelle par parcelle, espérant s'adapter à chacune et séparer les plus faibles. Cependant, dans une économie en berne, seule une poignée de propriétés pourra s'autoriser des sélections rigoureuses. L'écart de maturité entre le merlot et le cabernet sauvignon est important. Septembre fera ou défera l'ultime qualité de ce cépage roi dans le Médoc. Des pH inhabituellement élevés inquiètent et entraineront des corrections oenologiques. La petitesse des baies annonce une récolte faible. Certains l'estiment plus prodigue qu'en 2025.

« On fait le vin que l'on peut, on l'aime ou on ne l'aime pas ». Cette formule m'a longtemps laissé perplexe. J'y voyais une forme de renoncement face à une adversité mal définie : parlait-on de la transformation du raisin en vin, jamais totalement maîtrisable, ou, plus profondément, du rapport de force avec la Nature ? Puisque je crois que le goût se construit, comme en témoigne le développement constant des techniques mises à son service, je comprends désormais cette phrase comme l'expression d'une soumission à la Nature. De tout temps, le climat bordelais a été décrit comme doux, tempéré, propice à une maturation lente des raisins : ni trop froid, ni trop chaud, avec l'humidité pour principal obstacle qualitatif. La saison 2026 a rompu cet équilibre. Ses excès inquiétants me ramènent à cette citation de Philippe Courrian, vigneron médocain émérite et rebelle. Je le dis franchement : en trente ans d'observation, c'est la première fois que je me sens aussi désorienté devant ce que ce millésime pourrait donner, tant ce qui paraissait juste, éprouvé et vrai semble se dissoudre. En août, je n'ai pas croisé grand monde dans les vignes. Tant mieux pour les absents, me suis-je dit : ils ont échappé à ce désordre. Ici de la récolte, là presque rien ; ici de petits raisins, là des baies plus grosses ; ici du feuillage, là moins ; ici des raisins vérés, là des grains verts ou à peine rosés ; ici des grappes abîmées sur calcaire, là des zones réputées plus sensibles à la chaleur étonnamment indemnes. Ici des vieilles vignes en forme, là d'autres moins. Et que dire de Pomerol ? Pour la première fois, ma voiture n'a soulevé aucune poussière sur les chemins. La terre paraît colmatée par l'arrosage, autorisé très tard en juillet et uniquement pour les jeunes vignes. Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour soupçonner quelques dépassements. Sans doute l'effet Lafleur gagne-t-il le voisinage : son déclassement lui permet de recharger ses sols à sa guise. La première canicule, survenue fin mai — l'une des plus précoces de l'histoire — l'a fait réagir aussitôt. Faut-il défendre des vignes griffées ou, au contraire, enherbées ? Deux écoles s'opposent, nourrissant la perplexité et le doute. Certes, chacun fait ce qu'il veut. Mais quand je vois La Conseillante tenter de conduire ses vignes comme le voisin Cheval Blanc, je me demande qui paie. Les consommateurs, bien sûr. Or, ils disparaissent. Vouloir rivaliser avec Cheval Blanc sans disposer du même budget : quelle étrange idée !
Revenons vers les bons repères. En 2026, Bordeaux connait des conditions météorologiques africo-mediterranéo-océaniques. Pourquoi océaniques ? Parce que depuis le 19 août, la région retrouve ses fondamentaux de température diurne, nocturne, accompagnés d'un retour léger de la pluie inductrice de fraîcheur. Tout l'été les jardins non arrosés furent minables. Au contraire, la vigne, d'une verdeur outrageante, tenait bon. Dans certains coins, elle se permettait même de faire de jeunes feuilles ! On parle de sècheresse estivale. Or, voici les chiffres de la pluviométrie à Margaux, Pauillac, Saint-Estèphe, Pessac, Martillac, Mérignac, Pomerol et Saint-Emilion. De l'eau, il n'en manque pas. Cependant, comment estimer la valeur de ces relevés vis-à-vis de cette nouvelle atmosphère surchauffée ? Comment ne pas penser qu'elle en change la compréhension sur les effets induits ?

   

A ses visiteurs, Baptiste Guinaudeau (Lafleur) claironne l'importance de cette nouveauté. Ses vignes sont un véritable laboratoire à ciel ouvert. Il fait des essais subtils : mesure de la contrainte hydrique selon le porte-greffe, usage de brumisateurs capables d'abaisser la température de 10° en plein soleil au niveau de l'écosystème concerné. L'investissement est énorme. Mais pourquoi toute cette énergie ? Pour le goût dit-il, mais aussi pour la pérennité. A ne produire que des petits rendements, le système économique actuel est en danger. Un vaste sujet sur lequel je reviendrais.

Les vendanges
Toute la France communique sur la précocité inédite du millésime. A Bordeaux, les vendanges de vins blancs secs ont débuté vers le 10 août. Il est intéressant de mesurer ce qu'il en ressort. En effet, je ne déconnecte pas totalement la production des vins blancs de celle des vins rouges. Les témoins mentionnent le côté aromatique des vins. Je reste prudent sur ce point tant les fruits de l'été 2026 affichent une qualité moyenne. Il est intéressant d'apprendre que les degrés d'alcool ne sont pas systématiquement élevés. Par contre, l'acidité peut manquer. Les pH sont élevés. Il faudra avoir recours à l'acidification pour obtenir des vins plus tendus. Ce pH élevé est le risque de cette vendange 2026, plus sur le merlot que sur le cabernet. Ne nous trompons pas, bon nombre de propriétés useront de l'acide tartrique dans le but d'induire prioritairement de la stabilité biologique. Quand je lis que Troplong Mondot a débuté ses vendanges de rouges le 19 août et s'en vante tel un exploit dans le journal local, je comprends qu'un de leur sujet est celui-ci. C'est bien connu quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt !

Les repères possibles
En ce 1er septembre, je juge la dégustation des baies de merlot comme de celles de cabernet sauvignon et franc encore non satisfaisante. Il existe un grand écart d'avance entre les deux variétés. Le merlot est proche d'être mûr. Le cabernet en est loin. Côté merlot, le pépin continue de coller à la peau. Dans le même rang de vigne, le goût passe de simple à éclatant selon les pieds et les baies. Un rendu que j'explique par une véraison hétérogène, lente, longue, inductrice de grandes différences dans l'état de maturité du raisin sur la même grappe. La saveur sucrée accompagne des pellicules classiquement fermes dans ce type de millésime. Elles sont difficiles à lire. Les pépins croustillants à l'attaque finissent encore raides en fin de bouche. L'eau tombée depuis le 15 août a fait gonfler les baies sur les très jeunes vignes. Pour celles de vingt ans et plus, je note moins de différences visuelles. Dans ces circonstances que je juge trompeuses, j'apprécie l'idée de revenir à ce que l'on sait du rythme du développement du raisin depuis la floraison. Il se mesure en nombres de jours écoulés. Après la floraison, généralement estimée en moyenne à la mi juin, la véraison est considérée comme terminée soixante jours après. Une fois ce changement de couleur engagé, la bonne maturité s'atteint quarante-cinq à cinquante-cinq jours après. Eu égard l'étalement de la véraison en 2026, de fin juin à début août (le 4), les vendanges de cabernet sauvignon devraient intervenir entre le 20 septembre et la première semaine d'octobre. En 2025, dans des conditions météorologiques proches, Philippe Bascaules, directeur de château Margaux, a défendu cette approche temporisée alors que ses voisins s'activaient. Ces derniers, plus inquiets de l'inactivité de leur numéro un que de leur propre précipitation, s'en sont ouverts aux courtiers. Mordicus, ils débarquèrent sur place, soupçonnant un problème. Un comble ! Verdict : j'ai attribué la note maximale à château Margaux 2025, et d'autres avec moi. Un succès obtenu au prix à payer d'un rendement minuscule de 20 hl par hectare. Le plus bas depuis 1856 précise le château. Attendre, c'est prendre le risque de voir son volume de récolte s'évaporer. Peu peuvent économiquement le gérer. D'autres sont tentés de croire autre chose.
La suite se jouera en septembre. Ce mois fera-t-il ou défera-t-il le millésime ? À cette période, le risque d'excès de pluie demeure en région océanique. Combinée à la chaleur, l'humidité pourrait favoriser la pourriture grise et imposer des vendanges plus précoces que prévues. C'est déjà le cas à Labarde, dans l'appellation Margaux, où la grêle du 26 août — il ne manquait plus que cela ! — accélère le ramassage.

Bonne lecture et à bientôt.

Jean-Marc Quarin

WVD


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